L'amortissement hypothécaire de 30 ans: est-ce que ça en vaut la peine?

Publié pour le Journal de Montréal - 29 mars 2025 - On peut lire le texte ici

Le débat est ouvert: certains croient que l’extension de la période d’amortissement hypothécaire de 25 à 30 ans est la meilleure chose depuis l’invention du pain tranché. D’autres estiment que c’est une catastrophe. Qui croire?

En immobilier, chaque cas est unique : style de vie, valeurs personnelles, endroit où vous désirez vous installer, type de propriété, sa taille, son état, ses revenus nets, mise de fonds initiale, qualité du dossier de crédit, solidité d’emploi, nombre de véhicules à la porte, achat solo ou en couple, présence d’enfants, etc.

Mais votre détermination et les sacrifices que vous entendez faire sont les facteurs dominants.

Revenons à l’amortissement: c’est la période nécessaire pour rembourser l’hypothèque au complet (à ne pas confondre avec le terme, qui est la durée du contrat, habituellement de 5 ans). Plus l’amortissement est long, plus les paiements sont petits, plus vous payez d’intérêts.

30 ANS, C’EST LONG

Dans les années 2000, les amortissements sur 40 ans étaient monnaie courante. Mais après plusieurs récessions et deux crises économiques, Ottawa les a rétrécis à 30, puis à 25 ans en 2012. Or, l’accès à la propriété est de moins en moins à la portée des premiers acheteurs.

L’an dernier, Ottawa a donc réinstauré la limite de 30 ans pour les maisons et condos neufs pour les premiers acheteurs. Puis, en décembre, cette limite a été élargie à tous les acheteurs de propriétés, neuves ou existantes.

Cette mesure est populaire, car 52 % des nouvelles hypothèques non assurées concernent un amortissement de plus de 25 ans, selon Statistique Canada.

«C’est une mesure visant clairement à améliorer l’accès à la propriété, surtout pour les jeunes familles, explique David Goulet, directeur du service économique à l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ). Elle survient alors que les coûts de construction des propriétés neuves ont fortement augmenté.»

PLUS CHER

Ainsi, pour une propriété de 500 000 $ avec un taux d’intérêt de 5 % et un prêt de 5 ans, le paiement mensuel sera de 2908,02 $ sur 25 ans et de 2668,45 $ sur 30 ans, soit un écart de 239,57 $ par mois. Mais, au bout de 25 ans, la maison aura coûté 872 407,48 $, incluant les intérêts, et 960 643,22 $ sur 30 ans. La différence est de 88 235,74 $.

À cela s’ajoute l’assurance de la SCHL, qui peut faire porter cet écart à près de 100 000 $. De quoi payer bien des choses sur 30 ans...

À signaler: des 35 % des Canadiens qui ont un prêt hypothécaire, les deux tiers peineraient à respecter leurs engagements financiers, selon l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC).

En juillet 2023, l’ACFC révélait que 39,5 % des propriétaires ayant une hypothèque n’avaient d’autre choix que de s’endetter pour assumer leurs dépenses quotidiennes. L’allongement sur 30 ans est donc considéré comme une forme de surendettement.

Pourtant, en Ontario et en Colombie-Britannique, l’amortissement s’étire jusqu’à 40 ans. En Espagne et en France, c’est 60 ans. En Finlande et en Suisse, c’est 100 ans!

CONSEILS

On peut opter pour une période de 30 ans à l’achat et revenir à 25 ans au renouvellement de l’hypothèque.

Pour diminuer le coût d’emprunt, on maximise les remboursements anti-cipés annuels jusqu’au maximum permis par le contrat, notamment avec les remboursements d’impôt.

La période d’amortissement n’a pas d’incidence sur les prêts assurés par la SCHL.

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