Doit-on aider financièrement ses enfants à acheter une maison?
Publié pour le Journal de Montréal - 25 mars 2025 - On peut lire le texte ici
Avec la hausse du prix des propriétés, c’est plus compliqué pour les jeunes générations de devenir propriétaire. Leurs parents doivent-ils les aider? Ça dépend.
Le tiers des parents ou grands-parents canadiens aident leurs enfants financièrement pour l’achat d’une propriété. En 2021, ce don s’élevait en moyenne à 82 000$, selon l’économiste Benjamin Tal de la Banque CIBC.
S’il est gratifiant de voir ses héritiers s’enrichir et jouir d’une belle qualité de vie, un tel geste peut affecter lourdement finances et qualité de vie à la retraite.
«On ne peut se fier sur la pensée magique, il faut réellement établir notre capacité réelle de donner, commente Fabien Major, planificateur financier et auteur. Il faut donc utiliser les normes de l’Institut québécois de la planification financière (IQPF). Il faut savoir de combien notre don diminuera nos revenus dans 20 ou 30 ans.»
Les parents doivent-ils nécessairement aider leurs enfants en toutes circonstances? Absolument pas. D’autant plus que les gens vivent de plus en plus vieux. L’épargne doit suffire à assurer un train de vie décent pendant des décennies à la retraite.
«Beaucoup de gens sont trop généreux et en paient le prix», ajoute-t-il.
Donner ou non
Plusieurs devraient passer leur tour. «Surtout si ton enfant alloue 60% de ses revenus à son hypothèque et qu’il ne reste rien pour les meubles ou les loisirs», reprend M. Major.
Ce dernier a plusieurs exemples pathétiques, dont celui d’un travailleur dont l’usine a fermé et dont le régime de retraite avait été avalé dans la faillite de son employeur. Il détenait 100 000$ dans son REER, 50 000$ dans un CRI et le reste en placements non enregistrés. Il a quand même aidé son enfant, se privant d’une retraite décente.
Même les gens aisés peuvent souffrir de leur générosité, comme ce couple âgé de 75 ans, sans aucune dette. Elle a 80 000$ et lui 500 000$ dans leurs FERR. Comme ils sont imposés à 37,1%, ils ont dû retirer 63 593$ pour pouvoir donner 40 000$ à leur fille.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission d’Isabelle Maréchal, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
À 90 ans, leur don leur aura coûté 86 752$ supplémentaires à cause d’une facture fiscale de 25 593$ et d’une perte de revenus de 63 159$ (rendement annuel moyen de 5,5% sur leurs FERR combinés).
Outre l’aspect financier, les dons aux enfants suscitent souvent de la chicane dans les familles, surtout si elles sont recomposées ou si l’enfant se sépare ou divorce.
«Si le fils a eu trois blondes en deux ans et qu’il affirme que l’actuelle, c’est la bonne et qu’il veut une maison, ce n’est pas facile de dire non», conclut Fabien Major, qui ajoute qu’un préretraité ou un retraité n’a pas la capacité de se refaire financièrement en cas de coup dur.
CONSEILS
Déduisez tout don de plus de 2000$ de l’héritage du bénéficiaire et inscrivez-le au testament.
Demandez à votre conseiller ou planificateur financier ou à votre comptable d’expliquer aux enfants l’ampleur (ou le refus) de votre don.
Si vous prêtez, demandez à votre enfant de calculer lui-même sa capacité de remboursement (exemple: 150$/paie sur six ans) et faites notarier le prêt, car vous jouez un rôle de banquier. Prévoyez des pénalités en cas de non-respect des conditions de remboursement.
À éviter fortement: co-emprunter l’hypothèque de votre enfant.