Pour le meilleur et pour le mieux

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Publié sur le site web de magazine Premières, 11 juin 2024

On peut lire l’article ici.

On dit souvent que l’union fait la force. Du point de vue économique, ce n’est pas toujours vrai, particulièrement pour les femmes quand elles choisissent de vivre sans se marier avec leur conjoint. Le projet de loi 56 déposé par le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, vise un nouveau régime conjugal, celui de l’«union parentale». État des lieux.

«On a l’impression que l’égalité économique est acquise entre femmes et hommes parce que le Québec est une société égalitaire. Ce n’est tout simplement pas le cas », temporise Hélène Belleau, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et titulaire de la Chaire argent, inégalités et société de la Chambre de la sécurité financière (CSF).

Dans les faits, les Québécoises ont des revenus en moyenne 30% moins élevés que les Québécois.

En fait, les femmes sont largement perdantes quand elles vivent en union libre. Pourtant, 50% de ces couples pensent qu’ils ont les mêmes droits et responsabilités que les gens mariés. Ce mythe est entretenu par le fait que sur le plan fiscal, c’est effectivement le cas. Mais pas pour le reste. D’autant plus que l’union libre est pratiquement absente du Code civil. Patrimoine, fonds de retraite, épargne, actifs : les gens vivant en union libre ne se doivent rien s’ils se séparent. Et très souvent, c’est une tragédie pour la femme.

«On peut comparer les salaires ou le taux horaire, mais le problème est ailleurs, reprend Mme Belleau. Dans les faits, les Québécoises ont des revenus en moyenne 30% moins élevés que les Québécois. Lorsqu’un couple en union libre se sépare, il y a une méchante surprise pour la femme. »

Cette situation est liée au fait que les femmes enfantent. Or, à leur retour de congé de maternité, elles ont accusé un retard professionnel important: elles gagnent moins que celles qui n’ont pas eu d’enfant, ont perdu promotions, avances technologiques, augmentations, bonis. La majorité des proches aidants sont des femmes, ce qui pousse celles-ci à occuper des emplois à temps partiel. Dans les régions ressources (Côte-Nord, Abitibi, Saguenay), là où les hommes gagnent beaucoup plus que les femmes, elles sont pénalisées par une offre déficiente de services de garde subventionnés. Elles doivent donc se retirer plus longtemps ou revenir à temps partiel sur le marché du travail. Ainsi, elles accumulent moins de richesse parce qu’elles ont moins d’argent pour épargner.

«Le patrimoine familial a été créé à une époque où tout le monde se mariait, explique Marie Élaine Farley, présidente et chef de la direction de la CSF. Au fil des ans, on a aplani les iniquités pour les couples mariés, mais elles subsistent pour les unions libres. Résultat: les Québécoises ont des revenus de retraite inférieurs de 30% en comparaison aux Québécois.»

Un moyen de contourner le problème serait que les hommes contribuent, par exemple, au REER de leur conjointe pendant leur congé parental, pour contrebalancer la diminution de salaire au courant de cette période.

Ce serait une bonne manière d’assurer une certaine équité du point de vue de l’accumulation des actifs. Or, selon la CSF, seulement 8% des conjoints disent avoir adopté cette stratégie. Autre donnée révélatrice: seulement 38% des conjoints disent avoir pris en charge certaines dépenses supplémentaires, et 2 % ont compensé financièrement d’une autre manière.

«Ce qui complique la situation, c’est que les couples gèrent les dépenses en commun, mais l’épargne séparément, reprend Mme Farley. Ainsi, 43% des couples ne mettent pas leurs revenus en commun. Et si les dépenses ne sont pas assumées au prorata des revenus, le conjoint qui gagne moins est désavantagé, car il ne peut épargner en conséquence.»

Dans la réalité, c’est généralement la personne qui gagne le plus (habituellement l’homme) qui se préoccupe de la planification financière à long terme, observe Mme Belleau.

Ses recherches ont permis d’établir que 21% des femmes pensent que leur conjoint les décourage de s’impliquer dans ce type de planification financière. Ainsi, plus de la moitié des hommes ont plus d’épargne que leur conjointe.

«Ce qui complique la situation, c’est que les couples gèrent les dépenses en commun, mais l’épargne séparément.»

En conséquence, 69% des Québécoises estiment qu’elles auront des revenus de retraite insuffisants, comparativement à 56% des Québécois. Dans les faits, la richesse accumulée des Québécois est 1,4 à 2,4 fois plus élevée que celle des Québécoises, confirme une étude publiée en janvier par l’INRS.

D’autant plus que 27% des Québécois en couple épargneraient secrètement à l’insu de leur conjoint pour leur retraite, selon la CSF.

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