Marie-Claude Léonard a de la latitude

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Publié sur le site web de magazine Premières, 23 mai 2024

On peut lire l’article ici.

Marie-Claude Léonard considère qu’investir dans le transport collectif, c’est améliorer la qualité de vie de la collectivité. Elle doit composer avec des vents de face : s’il faut améliorer l’offre de service tout en maintenant des actifs vieillissants.

Marie-Claude Léonard, la nouvelle directrice générale de la Société de transport de Montréal (STM) est une fille de la maison : elle y a fait ses premiers pas comme commis de caisse en 1992 alors qu’elle était étudiante. Elle a mis plus de 30 ans à gravir les échelons jusqu’au sommet. Elle dirige la neuvième entreprise québécoise, qui compte près de 11 000 employés et qui exploite le deuxième réseau de transport au pays, avec 1,3 million d’usagers. Ce n’est pas rien, si l’on réalise que la STM gère le troisième réseau de métro en Amérique du Nord, après New York et Mexico, avec 68 stations, ainsi que 220 lignes d’autobus : « J’ai été la première femme surintendante aux stations en 2005, dit-elle. J’ai ensuite été nommée directrice aux stations, puis, cinq ans plus tard, directrice exécutive au métro. »

« Je n’ai jamais eu peur de saisir les défis quand ils s’offraient à moi ; j’ai travaillé fort et je me suis bien entourée. J’ai pu saisir des occasions intéressantes, qui m’ont permis d’accomplir des choses que je ne croyais pas pouvoir faire initialement. J’espère que ça va permettre d’inspirer les jeunes à croire que les femmes peuvent occuper des postes de décision. »

Marie-Claude covoiture le matin et utilise le transport en commun le soir. Elle est donc aux premières loges pour comprendre ce que vit sa clientèle. « Je vois quotidiennement la qualité du service », ajoute celle qui a déjà été récemment prise dans une panne. « J’en ai vécu plusieurs comme gérante de station, commente-t-elle. Quand ça arrive, je pense avant tout aux employés et aux clients. » L’essentiel du réseau de métro montréalais a été construit dans les années 1969 et 1970. « C’est un patrimoine stratégique pour une grande ville, reprend-elle. Le paysage de Montréal serait complètement différent sans son métro, qui se démarque des autres par sa beauté. Chaque station a son oeuvre d’art. »

Pour Mme Léonard, le développement du transport en commun influence les habitudes de transport, mais aussi la croissance et l’aménagement urbain. « Le transport collectif, c’est un choix de société qu’on fait pour avantager les générations futures. »

Développer le réseau représente un défi, surtout en milieu dense, comme l’a démontré l’explosion des coûts du prolongement de la ligne bleue. « Entretenir les routes, c’est naturel, reprend-elle, mais investir dans le transport collectif, cela améliore la qualité de vie, l’inclusion, l’attractivité des employeurs. Le message passe de plus en plus, mais on a encore beaucoup de travail à faire pour que ça devienne un véritable choix de société. Si l’on regarde le dernier budget québécois, des sommes additionnelles vont à la santé et à l’éducation, mais pas au transport collectif. »

Le métro n’est pas nécessairement le meilleur choix. Des voies réservées pour les autobus ou pour un SRB comme sur Pie-IX et, bientôt, sur Henri-Bourassa améliorent notablement l’offre. « Il faut permettre un développement cohérent, en faisant appel aux différents modes de transport, ajoute-t-elle. C’est le principe de cocktail de mobilité. »

Marie-Claude Léonard reconnaît que la voiture est encore un emblème de réussite sociale très fort. Pourtant, elle soutient que le transport collectif, c’est tendance, car ça permet d’économiser temps et argent tout en décarbonisant la société. Mais pour séduire davantage d’usagers, il faut rendre l’offre encore plus attractive.

Et ça passe notamment par la réfection des infrastructures actuelles, qui datent de plus d’un demi-siècle. « On commence à avoir des problèmes de fiabilité et de sécurité, dit-elle. Nos équipes font des miracles d’entretien, mais il y a des limites à prolonger la durée de vie des infrastructures. Plus on attend, plus ça coûte cher. » Elle donne l’exemple du nouveau système de contrôle des trains du métro qui sera implanté en même temps que le prolongement de la ligne bleue et qui remplace un équipement qui remonte à 1966. Il faudra aussi changer les trains MR73, qui auront bientôt 60 ans, par des trains plus confortables. Sur la ligne verte, ils permettraient une capacité additionnelle de 35 %. Pour le moment, on doit faire des choix déchirants entre l’entretien du réseau actuel et le développement d’autres lignes, analyse

la dirigeante.

La STM pourrait faire davantage avec les nouveaux moyens financiers qu’elle réclame, comme des droits aériens ou le développement de terrains résiduels. Afin d’assurer davantage de revenus récurrents, elle pourrait par exemple s’associer à un promoteur pour développer au-dessus des édicules du métro ou sur des terrains adjacents différents projets, ce qu’elle ne peut faire avec ses pouvoirs actuels.

La violence dans le métro inquiète aussi la clientèle ; c’est une situation qui s’installe avec la paupérisation et l’isolement des personnes les plus démunies au sortir de la pandémie : « On travaille avec la santé publique, la Ville de Montréal et Québec ; on a augmenté la visibilité de nos constables et de nos équipes qui comprennent des travailleurs sociaux. On tient une vigie avec les caméras. » Mais ce n’est pas le rôle de la STM de se substituer aux services sociaux. Pour assurer la sécurité dans les villes, les paliers de gouvernement doivent se coordonner.

Le tiers des employés est issu de la diversité. Les techniques de gestion doivent changer. « On veut que notre personnel, qui constitue notre actif le plus important, évolue dans un environnement sain, inclusif et sécuritaire, affirme-t-elle. On doit écouter nos employés, car ils ont une expertise de terrain. » Ces mots importent, car la STM doit bientôt renouveler les conventions collectives. La sous-traitance inquiète les syndicats, mais Marie-Claude Léonard nous confirme que « c’est conjoncturel. L’objectif n’est pas d’externaliser des activités, mais de travailler avec nos ressources à l’interne pour assurer un service à juste coût et pérenniser les activités. »

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