Quand et pourquoi doit-on modifier son testament?

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Publié dans le Journal de Montréal/Journal de Québec, section Dans vos poches, 2 octobre 2023

On peut lire l’article ici.

Près de la moitié des Canadiens (45%) n’ont pas de testament

Pour bien des gens, c’est déjà pénible de faire son testament. Imaginez-vous lorsqu’il faut le modifier !

Près de la moitié des Canadiens (45 %) n’ont pas de testament, selon une étude de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC). Par contre, 92 % des aînés en ont un, comparativement à 22 % des moins de 35 ans.

Ça se comprend. Dans la force de l’âge, on réfléchit peu à sa propre mort ! Pourtant, un testament, c’est une sorte de police d’assurance de ses dernières volontés pour qui possède un minimum d’actifs. Surtout pour les jeunes (ou moins jeunes) parents.

La zizanie en l’absence d’un testament peut être traumatisante pour vos descendants (prenez les cas du chanteur Prince). Pire : un testament mal adapté à votre réalité peut aussi engendrer de la chicane, comme l’a démontré celui du peintre Jean Paul Riopelle, qui s’est traduit par un long conflit autour de son legs valant des dizaines de millions de dollars.

Si vous n’avez pas mis à jour votre testament, rassurez-vous : 53 % des aînés ne l’ont pas fait depuis cinq ans, selon l’ACFC.

Pourquoi ?

Un testament, ça reflète surtout vos valeurs. Il doit aussi faire ressortir votre sens de l’équité. Et, surtout, votre réalité personnelle et financière courante.

Vous devez donc mettre votre testament à jour lorsque votre réalité a changé: vous vivez désormais en couple ou vous vous êtes séparé, vous avez des enfants, des petits-enfants, vous avez gagné à la loterie, vous avez eu une promotion, vous prenez votre retraite, vous avancez de l’argent à vos enfants ou petits-enfants pour leurs études ou parce qu’ils s’achètent une propriété, etc.

Certaines situations familiales compliquent vos volontés, comme d’avoir des enfants d’une nouvelle union alors que vous en avez d’une union précédente.

Beaucoup de gens surestiment toutefois ce qu’ils vont léguer à leurs héritiers ou espèrent réparer des chicanes familiales. Erreur. D’autres dressent une liste de biens qui ont souvent disparu au moment du décès, négligeant les conséquences fiscales.

Il faut aussi « prévoir l’imprévisible », comme le décès de votre liquidateur ou le fait que vous surviviez à un ou plusieurs de vos légataires. Certains croient qu’un divorce ou une séparation annule le testament : c’est faux. D’autres sont copropriétaires d’un bien, comme une maison : c’est votre copropriétaire qui risque d’hériter, pas votre succession.

D’autre part, traiter ses héritiers équitablement ne se traduit pas automatiquement par une répartition de vos actifs à parts égales. Certains peuvent bénéficier de l’assurance-vie, alors que d’autres auront les placements. Il faut tenir compte de la situation personnelle de chacun de vos héritiers : travaillent ou étudient-ils, ont-ils des problèmes financiers ou de santé, qui sera tuteur de vos enfants mineurs ?

Conseils
  • On ne change pas son testament le matin où sa nouvelle flamme s’installe chez soi ou au lendemain d’une séparation. Un décalage de quelques mois est plus prudent.
  • On évite d’inscrire des décisions farfelues ou frivoles dans son testament, comme de léguer des biens importants à son chien ou… à sa maîtresse. Ou de refuser un héritage à une personne tatouée, ou d’exiger l’obtention d’un diplôme. Même de telles situations surviennent encore souvent ; certains notaires refuseront pour des raisons déontologiques ou éthiques.
  • Soyez transparent avec vos proches : révélez à vos héritiers les grandes lignes de votre testament pour éviter les chocs éventuels à votre décès.
  • De nombreux testaments comportent des erreurs mathématiques : vérifiez vos chiffres !
  • Évitez d’utiliser des trousses testamentaires achetées en ligne et faites affaire avec un notaire et un fiscaliste, surtout si vos actifs dépassent les dizaines de milliers de dollars (ou si vous possédez un chalet, des polices d’assurance, des REER ou des placements importants). Faites une liste précise de vos actifs et gardez-la à jour.
  • Les héritiers s’entredéchirent souvent sur des biens de peu de valeur financière, mais de grande valeur sentimentale. Faites une liste et une répartition précise en consultant vos héritiers de leur vivant.
  • Si votre succession se chicane déjà de votre vivant, nommer un liquidateur neutre s’impose (institution financière, notaire, ami). Assurez-vous d’obtenir son accord et prévoyez une compensation.
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