La longévité des fenêtres en bois

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Publié sur le site web du magazine Esquisses, juin 2023

On peut lire l’article ici.

Le réflexe est bien ancré?: devant une ancienne fenestration en bois un peu abîmée, la clientèle demande un remplacement par des fenêtres en PVC et aluminium. C’est pourtant loin d’être une bonne idée.

Le budget est le principal frein à la restauration, surtout dans le résidentiel, explique Patrick Ma, architecte senior chez Beaupré Michaud et Associés, Architectes. Mais cette réalité est aussi présente du côté institutionnel ou commercial. Pourtant, il en coûte plus cher de changer des fenêtres aux 15 ou 20?ans que de les restaurer pour qu’elles résistent un siècle de plus.?»

Remplacer par du neuf?: un choix «?éditorial?»

Bien entretenues, les fenêtres en bois peuvent durer longtemps, jusqu’à 150?ans selon différents guides du ministère français de la Culture. Certaines résistent encore plus longtemps?: les plus anciennes fenêtres en bois du château de Versailles, par exemple, remontent au 17e?siècle, d’après le magazine de l’institution.

«?D’un point de vue écologique et économique, les fenêtres de bois sont plus avantageuses que les fenêtres de PVC, qui vieillissent mal et dont la fabrication génère beaucoup de pollution?», estime celui dont la firme restaure actuellement les fenêtres de l’hôtel de ville de Montréal.

Certes, le bois demande de l’entretien, et «?au Québec, nous sommes peu sensibilisés à consacrer temps et argent à l’entretien?», poursuit Patrick Ma. Or, remplacer par du neuf est un choix éditorial, selon l’architecte. «?[Le choix d’un matériau], c’est l’expression d’une culture, d’une identité. Nous devons développer cette sensibilité chez les donneurs d’ouvrage et les décideurs.?»

Des métiers qui disparaissent

Chaque fois qu’on décide de ne pas restaurer des fenêtres en bois, c’est un contrat de moins pour les artisans et artisanes et les ateliers de menuiserie,
qui disposent alors de moins de ressources pour former la relève.

«?On a maintenant de la difficulté à trouver plusieurs corps de métier traditionnels, comme des campanistes (spécialistes des cloches), des facteurs d’orgues (spécialistes de la fabrication et de l’entretien des orgues) ou des maîtres verriers (spécialistes du vitrail), constate l’architecte Louis Brillant, de L’étude Louis Brillant, architecte. D’autant plus que notre système d’éducation, pensé dans les années?1960, n’offre pas de formation propre à ces métiers.?»

Il donne l’exemple du masticage traditionnel des fenêtres effectué avec de l’huile de lin bouillie deux fois. Plus personne ne fait ce genre de travail de nos jours.

Il ajoute par ailleurs que la qualité du bois servant à la rénovation des fenêtres s’est dégradée avec le temps. Le pin ou le cèdre d’ici est moins dense ou moins dur que celui d’autrefois, car il est coupé après 30 ou 40?ans, au lieu de 100?ans. On doit donc importer de l’acajou.

Un changement de mentalité

«?On peut préserver la grande majorité des fenêtres anciennes, d’autant plus que les nouvelles peintures performent bien et sont moins toxiques, soutient Louis Brillant. Mais l’obsolescence programmée a atteint notre milieu…?»

L’architecte suggère de mieux rémunérer nos artisans et artisanes, d’encourager la culture à long terme de certaines essences de bois et de valoriser la restauration systématique. «?Il faut mousser la récupération fine des matériaux anciens, reprend-il. Toute l’industrie doit se mettre dans la tête qu’il est plus avantageux de restaurer que de remplacer. Les fenêtres en bois existantes viennent de traverser la période la plus polluée de l’histoire et ont admirablement résisté. Imaginez leur durée de vie une fois restaurées?!?»

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