Pas d’interdiction de souffleurs à feuilles pour le moment

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Publié sur le site web du Journal des Voisins, 5 octobre 2022

On peut lire l’article ici.

(Photo : Philippe Rachiele, JDV)

L’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville n’interdira pas les souffleurs à feuilles à essence, mais y songe.

Début septembre, l’arrondissement d’Outremont annonçait l’interdiction des souffleurs à feuilles à essence à partir du printemps 2023. C’est le plus récent arrondissement à le faire après Notre-Dame-de-Grâce—Côte-des-Neiges (NDG/CDN), qui a décrété une telle mesure début juin. Dans cet arrondissement, seuls les modèles électriques sont tolérés, du 1er juin au 30 septembre. Dans Outremont, les souffleurs électriques ont aussi droit de cité à l’année, de 10 h à 17 h, la semaine seulement.

Les arrondissements du Sud-Ouest et de Ville-Marie proscrivent également les souffleurs à feuilles à essence. Au centre-ville, les modèles électriques sont acceptés les jours de semaine, avant 19 h. Les contrevenants s’exposent à des amendes de 250 $ à 2 000 $. Dans NDG/CDN, elles sont de 300 $ à 3 000 $. Dans la région montréalaise, les souffleurs à feuilles à essence sont également interdits dans les villes de Saint-Lambert, Mont-Royal et Beaconsfield.

Dans cette dernière ville, le débat sur l’interdiction a soulevé les passions en 2018 : un conseiller municipal s’est fait menacer de se faire casser les jambes et il a fallu faire appel à la police, pour calmer les esprits, le soir de l’adoption du règlement. Plus de 500 personnes avaient signé une pétition contre cette mesure : à Beaconsfield, la pelouse, c’est du sérieux!

Très polluants

Les souffleurs à feuilles à essence représentent une source majeure de pollution de l’air et par le bruit.

Ils génèrent en moyenne 115 décibels (80 décibels pour les modèles électriques), soit bien au-delà des limites recommandées de 55 décibels par la Direction régionale de la santé publique de Montréal et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). À 15 mètres (environ 50 pieds), le niveau sonore varie de 62 à 75 décibels. Citoyens et écologistes se plaignent depuis des années du bruit généré par cet outil inventé dans les années 1970 par des ingénieurs japonais.

D’autre part, utiliser un souffleur à essence (et son moteur à deux temps) pendant une heure émettrait autant de pollution que de rouler en Toyota Camry 2017 sur une distance de 1 770 kilomètres (soit environ celle entre Toronto et Halifax), selon l’association California Air Resources Board. Selon le ministère du Transport américain, la consommation annuelle d’essence des outils de jardins, comme les tondeuses et souffleurs à feuilles, totalise près de 3 milliards de gallons aux États-Unis.

Un souffleur projette de l’air à des vitesses variant entre 240 à 450 km/h. Le jet qui en résulte propulse un concentré de particules jusqu’à dix fois plus fines que les seuils de 2,5 micromètres établis par l’OMS, pouvait-on lire dans Le Devoir, en octobre 2021. On soupçonne ces particules de provoquer des cancers ou des maladies cardiorespiratoires et cardiovasculaires.

Ces changements forceront les entrepreneurs paysagers, qui font l’entretien des pelouses des résidences et des commerces des territoires visés, à se doter de modèles électriques, moins puissants, et à modifier leurs horaires. Ils touchent aussi les cols bleus, qui devront faire de même pour les parcs et les pelouses sous leur responsabilité.

Pas demain chez nous

« C’est un sujet de préoccupation et nous recevons régulièrement des plaintes citoyennes sur le sujet, reconnaît Emilie Thuillier, mairesse de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. Mais il n’est toutefois pas celui qui génère le plus de plaintes dans l’arrondissement et jamais personne n’est venu s’en plaindre au conseil. Les plaintes nous arrivent par téléphone et courriel. »

La mairesse indique que son administration réfléchit à la meilleure réglementation possible. D’autant plus qu’il faudra s’entendre avec la ville-centre, car toute réglementation du genre touchant les terrains privés ne serait pas sous la juridiction de l’arrondissement, selon elle.

Mme Thuillier reconnaît qu’il s’agit d’une nuisance et d’un sujet de préoccupation pour les élus de l’arrondissement.

« Mais ce n’est pas une priorité très haut sur la liste, ajoute-t-elle. Nous n’avons pas d’orientation ni d’échéancier sur cette question. »

L’arrondissement planifie toutefois depuis quelques années l’achat d’appareils électriques pour remplacer ceux à essence, utilisés par ses cols bleus. « Cette transition est en cours, et il s’agit d’ailleurs d’une action qui figure au sein du Plan de transition écologique de l’administration locale », confirme Annie Brouillette, porte-parole de l’arrondissement. Ce plan prévoit aussi le passage à des véhicules électriques, sans préciser d’échéance.

Ahuntsic-Cartierville est un des arrondissements de Montréal qui compte le plus d’espaces verts et certains de ses quartiers abritent une importante canopée, qui génère chaque automne des quantités astronomiques de feuilles mortes. Les souffleurs à feuilles sont aussi utilisés par les entrepreneurs pour nettoyer les gouttières ou la chaussée autour des chantiers de construction et de voirie. De nombreux citoyens s’en servent pour sécher leur voiture après l’avoir lavée.

Le souffleur à feuilles fait partie intégrante des outils à la disposition de quiconque veut se doter d’un parterre parfait, un aspect fondamental de l’idéal banlieusard.

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