Conjoints de fait: parlez d’argent!

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conjoints de faitPublié dans le Journal de Montréal/Journal de Québec, Section Dans vos poches, 25 juillet 2014

On peut lire l’article ici.

Le rendez-vous galant a porté fruit. Vous avez trouvé l’âme sœur. Félicitations! La décision est prise : vous emménagez ensemble dans quelques jours. C’est le temps de parler d’argent!

C’est connu, les questions financières sont souvent une cause de rupture chez les couples. Et ça se complique quand ils ne sont pas mariés mais ont accumulé un patrimoine important, une maison, des enfants. On a tous entendu parler d’histoires d’horreur : une telle s’est retrouvée avec zéro patrimoine parce l’hypothèque était au nom de son ex, untel a voulu débrancher sa blonde dans le coma mais sa famille s’y oppose… Malgré cela, au début d’une relation, on se concentre sur les plaisirs communs. Un conseil : n’attendez pas que la routine s’installe pour ventiler vos frustrations concernant le fric. Car un ménage uni dans ses finances est plus fort.

Les gens ne le réalisent pas, mais un couple, une famille, c’est comme une PME. Les finances d’une entreprise en santé se caractérisent par un endettement sévèrement contrôlé et un flux de trésorerie (cash flow) positif. C’est la même chose pour un ménage. Autrement dit, prenez votre vie financière en main et gérez-la comme si c’était celle de votre compagnie. Littéralement.

« Les conjoints de fait devraient parler d’argent dès qu’ils se mettent en ménage. Il ne devrait y avoir aucun tabou. Chacun doit mettre carte sur table et ne rien cacher de sa situation financière, surtout pour les dettes personnelles. Sinon, c’est le meilleur moyen de perdre la confiance de l’autre », explique Lisanne Blanchette, avocate et conseillère budgétaire chez Option Consommateur. Il faut donc rapidement se doter d’un budget commun, établir les priorités et faire les comptes ensemble, chaque mois, pour plus de transparence. Un truc pour affronter l’heure des comptes mensuels : gâtez-vous avec un verre de vin, du chocolat, un café brésilien, de la bonne musique…

Mme Blanchette va plus loin : les nouveaux conjoints devraient planifier leurs dépenses en fonction d’une éventuelle séparation : « La manière la plus facile, c’est de tout payer moitié-moitié. S’il y a rupture, on ne se doit plus rien. Dans la réalité, c’est plus compliqué, surtout si un des deux conjoint a des revenus plus élevés ou, au contraire, irréguliers, parce qu’il est étudiant ou travailleur autonome. Il faut donc qu’il y ait une justice dans le fardeau financier. Chez plusieurs couples qui me consultent, celui qui gagne le plus ne se rend pas compte du stress de son conjoint et l’autre n’ose souvent rien dire… »

En fait, les dépenses devraient être assumées au pro-rata des revenus. Si un des conjoints a un revenu de 100 000$ et l’autre de 50 000$, le premier devrait payer 75$ de la facture de 100$ de Vidéotron (soit 75%). Même chose pour toutes les grosses dépenses comme l’automobile ou l’épargne, qui financera l’achat d’un logement, les voyages ou la retraite.

Mais que se passe-t-il si un des conjoints perd son emploi? Avant que le couple ne contracte un emprunt (carte de crédit commune, hypothèque, marge…), on calcule à la baisse la capacité de remboursement (par rapport au revenu) de 50% pour au moins un des deux conjoints. Lisanne Blanchette suggère aussi que chacun se dote d’une assurance invalidité personnelle ou celle de l’employeur.

Comment payer le magasinage?

Le meilleur moyen de dépenser l’argent d’un ménage est de tenir un registre des dépenses personnelles et communes. Et de conserver toutes les factures importantes. Pour les dépenses communes, comme l’épicerie, l’essence, tout ce qui a trait aux enfants, on consigne tout. On peut utiliser un compte bancaire ou une carte de crédit conjointe, mais il faut établir très clairement à l’avance le type de dépense admise. Dans la plupart des cas, les conseillers financiers suggèrent que chacun conserve ses placements et ses REER à son nom.

Dès qu’il est question de grossesse ou d’hypothèque, établissez un contrat de vie commune, préférablement avec un notaire. Ainsi, s’il y a séparation ou décès et que l’hypothèque est à un seul nom, l’autre ne perd pas tout si sa contribution est inscrite adéquatement à ce contrat. Ce document devra aussi préciser les modalités de remboursement des dettes communes ainsi que le partage des biens en cas de séparation ou de décès. Surtout si un des deux n’avait pas assez de ressources pour assumer sa part de la mise de fonds initiale exigée à l’achat de la propriété. Dotez-vous également de mandats d’inaptitude et de testaments. Comme ça, vous éviterez de voir débarquer la famille de votre conjoint décédé dans vos affaires.

Lorsque vous faites vie commune, au bout de quelques mois, n’oubliez pas d’inscrire votre nouveau conjoint comme bénéficiaire de vos placements, de votre assurance vie et collective.

Évidemment, ça fait beaucoup de sujets sévères à partager pour de jeunes amoureux. Mais les discussions financières testent souvent le caractère, le sérieux et, surtout, l’ouverture d’esprit de votre nouvelle flamme.

Nos conseils :

Dès que ça devient sérieux, n’hésitez pas à consulter un conseiller financier pour clarifier les choses compliquées (fiscalité, placements, fonds d’études, retraite)

Conservez ou numérisez tous les documents, factures, contrats et registres de vos dépenses personnelles et communes; faites un mini-bilan financier annuel de votre famille

Pour les documents juridiques, consultez ÉducaLoi : http://bit.ly/1oDfkNv

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