Jeanguy : Quand faire sa part est un modèle d’affaires

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Publié dans le site web de l’Indice entrepreneurial québécois, 25 mars 2021

On peut lire l’article ici.

Faire sa part. C’est le slogan de Jeanguy, un fabricant de produits de consommation réutilisables répondant à la philosophie du zéro déchet. Son cofondateur, Colin Pérusse-Deschênes, raconte comment il est passé au travers de la dernière année.

Q. Qu’est-ce que Jeanguy?

C’est une PME qui a permis de jumeler nos personnalités, mon associé Stéphane Martineau et moi, dans un projet commun, par lequel nous mettons en valeur notre conscience environnementale et nos talents. J’apporte les idées, il m’accompagne dans la réalisation. Nous avons commencé par une pellicule réutilisable à la cire d’abeille, afin de réduire le gaspillage tout en gardant les aliments frais le plus longtemps possible. On s’est ensuite tournés vers l’univers des aliments en vrac. Notre but est d’offrir une large gamme de produits réutilisables et écoresponsables.

Nous fabriquons nos produits de A à Z et les vendons nous-mêmes en ligne ou chez des boutiques spécialisées, des boulangeries, des fruiteries et des épiceries. Actuellement, nous mettons le paquet pour développer notre réseau de distribution.

Q. Depuis un an, comment résumes-tu ta vie d’entrepreneur?

Ce fut une très grosse année! Extrêmement formatrice. Dans les derniers douze mois, nous sommes passés d’une entreprise essentiellement artisanale à une PME mieux structurée. Ce fut énorme pour nous.

Disons que la dernière année en fut une d’apprentissages. On a vécu une immersion totale dans le monde entrepreneurial. Après une invitation à une expo d’entrepreneuriat organisée par le Réseau Mentorat, où nous avons réellement fait notre entrée dans le monde des affaires, l’expérience de la dernière année m’a permis de véritablement concrétiser le fait que je suis un entrepreneur. Ça, oui!

Q. Que furent les changements pour ta compagnie avec la Covid-19?

Comme nombre d’entreprises, avec la pandémie, on voulait faire notre part. Nous nous sommes alors tournés vers la production de masques. Fin mars, nous avions déjà nos prototypes. Mais on ne savait clairement pas dans quoi on s’embarquait : on a rapidement eu 15 000$ de ventes par jour! Les médias ont parlé de nous, parfois sans qu’on le sache. On a appris sur le tas à gérer les stocks et les liquidités; il a fallu réorganiser la chaîne de production et embaucher des sous-traitants pour certaines étapes. On exécutait les commandes à toute vapeur. À la fin de l’été, elles ont fortement diminué; on a soufflé un peu. Mais comme ce n’était pas notre principal produit et qu’on ne voulait pas faire de l’argent avec ce projet, il a rapidement fallu revenir vers nos produits principaux, dont les ventes avaient fortement baissé pendant la pandémie.

Aujourd’hui, nous sommes concentrés sur nos produits en lien avec l’épicerie et la boulangerie, nous en avons conçu d’autres, et nous avons à nouveau de bons résultats sur le plan des ventes.

Q. Comment s’est déroulée cette dernière année sur le plan personnel?

Ça n’a pas été facile. Il y a deux ans, on m’a diagnostiqué un trouble d’anxiété généralisée. Puis, je me suis lancé comme entrepreneur. Je savais que le monde des affaires est assez exigeant, mais avec cette année pandémique, les moments difficiles se sont succédé, même si mon énergie était au rendez-vous. Par contre, je me trouve chanceux d’être actif dans un domaine qui me stimule.

Depuis les Fêtes, le moral est plus difficile. Surtout que nous tournons au ralenti, comparativement à l’hiver dernier. C’est difficile d’avancer quand on a moins de retour, même si on met les efforts appropriés. Il faut trouver des moyens d’avancer, de se motiver.

Certains jours, on est littéralement à terre. On se remet en question. Sur le plan personnel, on apprend à vivre au jour le jour. On sait que tout peut changer rapidement. On garde alors le cap sur le projet d’entreprise; on continue à y croire.

Malgré la pression, je suis très fier de ce qu’on a accompli depuis un an, compte tenu du contexte et de notre degré de préparation.

Q. As-tu eu du soutien, notamment gouvernemental, et a-t-il fait une différence?

De toutes les mesures proposées par les gouvernements pendant la pandémie, une seule nous a aidé : le Fonds d’aide et de relance régionale (FARR). Pour notre entreprise, ce fut salutaire, notamment pour maintenir notre flux de trésorerie. La production des masques a généré d’énormes dépenses, surtout avec la sous-traitance. Puis, ça a stoppé net du jour au lendemain, et nous sommes restés pris avec un inventaire de matières premières assez important. Il nous fallait aussi des liquidités pour redémarrer nos activités courantes.

Le FARR fut salutaire, car nous n’étions pas personnellement admissibles à la PCU. J’aurais apprécié que les gouvernements offrent davantage de subventions directes aux PME pour leur relance, au lieu d’octroyer des prêts. Même si ceux-ci sont remboursables dans trois ans, car on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. Mais tout peut changer encore rapidement…

Q. En date d’aujourd’hui, comment résumerais-tu la situation de ton entreprise?

Étonnamment, elle survit très bien. Ça va même de mieux en mieux. On multiplie les contrats avec les boutiques et les épiceries spécialisées, ainsi que les boulangeries. On sent l’intérêt chez les commerçants et le public. Il y avait un bon momentum pour nos produits avant la pandémie, mais avec la Covid-19, on dirait que les préoccupations environnementales ont foutu le camp. Depuis quelques mois, elles reviennent. Les gens veulent à nouveau faire leur part.

De plus, j’apprécie beaucoup le fait de pouvoir travailler avec d’autres entreprises, qui partagent nos valeurs, pour avancer notre cause. On collabore notamment avec une firme de Vancouver pour concevoir un nouveau produit.

C’est serré sur le plan des liquidités, mais on demeure motivé. Je sais qu’on va y arriver : ça prendra le temps que ça prendra.

Q. Comment vois-tu le futur de ton entreprise?

J’y pense souvent. Ma vision, c’est d’offrir une boutique qui propose une large gamme de produits réutilisables et fabriqués ici, par notre équipe. À plus long terme, on aimerait avoir notre chaîne de production et notre usine, afin d’élargir la clientèle.

On a déjà cerné nos besoins et nos procédés pour les prochains mois. On a lancé des démarches pour acheter de la machinerie et pour recruter des couturières. Comme on maîtrise l’expertise, c’est plus facile d’embaucher du personnel.

Je dois préciser que notre vision d’entreprise n’est pas moralisatrice : pour moi, protéger l’environnement, consommer de façon responsable, lutter contre la gaspillage, c’est aussi avantageux sur le plan économique.

Ainsi, pour les matières premières, on veut acheter le plus possible des produits locaux. Notamment pour le coton, que nous utilisons beaucoup et qui pousse loin d’ici. J’en fais un combat personnel. Nous aimerions le remplacer par le chanvre, une plante qui est cultivée chez nous et qui n’entraîne pas l’utilisation massive d’herbicides. Comparé au coton, il est plus facile d’en tirer des sous-produits avec la fibre de chanvre. Son huile est un produit incroyable du point de vue pharmaceutique. Ce serait merveilleux de participer au développement d’une filière québécoise du chanvre.

Q. Quel fut l’impact du mentorat dans la dernière année?

Au premier chef, c’est de pouvoir échanger avec quelqu’un qui a de l’expérience.

Je suis un gars qui se compare systématiquement aux autres. Ce réflexe n’est pas toujours sain. Alors, de pouvoir ventiler, échanger sur mes états d’âme, de prendre du recul avec ma mentore, avec qui je m’entends super bien, c’est précieux.

Ma mentore et moi, on partage les mêmes intérêts pour les questions environnementales. Elle comprend la mission de mon entreprise. C’est précieux, d’autant plus que je me posais des questions sur la pertinence de mon projet. Elle m’a rassurée et ce fut un énorme soulagement.

D’avoir une mentore m’aide à rester pleinement impliqué dans l’univers entrepreneurial. Je n’ai pas étudié là-dedans : c’est tout un apprentissage pour moi. Sa présence me rassure.

Q. La Covid-19 a-t-elle éteint ou allumé ta flemme d’entrepreneur?

Elle l’a définitivement allumée! Je n’ai jamais été aussi convaincu de travailler pour moi-même, pour faire avancer mon projet, mes rêves d’entrepreneur.

 

Entrevue réalisée et écrite par Stéphane Desjardins.

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