Un bilan guère réjouissant du logement dans Cartierville

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Publié dans le Journal des voisins.com, 8 septembre 2020

On peut lire l’article ici.

Les logements de mauvaise qualité et l’insalubrité demeurent  presque la norme dans la RUI (Revitalisation urbaine intégrée) de Cartierville. C’est le constat accablant d’un rapport publié récemment. Deuxième texte de notre dossier de trois sur le logement.

Le Comité logement Ahuntsic-Cartierville (CLAC) transmettait récemment au Journaldesvoisins.com des données qui témoignent de l’ampleur du phénomène du logement de mauvaise qualité sur le territoire de la RUI. Cette zone de Revitalisation urbaine intégrée, dont le territoire forme un L autour de l’hôpital du Sacré-Cœur et de la maison-mère des Sœurs de la Providence, s’étend de Gouin jusqu’au futur REM (l’ancien train de banlieue au nord de la rue Dudemaine), et de Laurentien jusqu’à O’Brien. Cette zone d’un kilomètre carré, qui comprend 11 000 habitants, est l’une des plus denses au pays.

Ainsi, au cours de la dernière année, le CLAC a visité 54 immeubles représentant environ 1500 logements. De 85 visités, 39 avaient des problèmes de salubrité nécessitant des réparations ou des rénovations majeures.

L’insalubrité de ces logements se manifeste de différentes manières :

  • 79% des locataires se plaignent d’infestations de punaises de lit;
  • 42% d’infiltrations d’eau;
  • 32% de taches moisissures;
  • 7,9% d’infestations de souris;
  • 5,3% d’infestations de rats.

Les gens du CLAC ont interrogé les locataires sur leur état de santé : 26% d’entre eux estiment avoir de tels problèmes reliés à l’insalubrité de leur logement.

Parmi les problèmes notés :

  • 26% ont des problèmes respiratoires;
  • 21% ont un rhume à répétition;
  • 20% font de l’asthme;
  • 20% ont des maux de tête;
  • 20% ont de l’eczéma;
  • 13% ont d’autres problèmes de peau.

Toujours les mêmes

La zone abrite plusieurs propriétaires délinquants. Trois ont retenu l’attention du CLAC, qui détiennent deux immeubles sur Dudemaine et trois autres sur Saint-Évariste, qui sont dans un état lamentable, malgré un suivi des autorités municipales. Le CLAC parle carrément de taudis. Tous les locataires doivent composer avec les coquerelles, la moisissure, la vermine et une plomberie déficiente.

Certains propriétaires font preuve d’une effronterie et d’un manque de scrupules éhonté. Par exemple, après que la Ville ait condamné tous les logements d’un immeuble et déplacé ses occupants, un propriétaire les a loués à nouveau peu après avoir fait des rénovations cosmétiques.

Un propriétaire ayant deux immeubles sur la rue Ranger a même subdivisé certains de ses appartements et forcé des locataires à cohabiter dans le même logement! Un de ses locataires a raconté au CLAC qu’il a été forcé de partager son petit 3 ½ insalubre avec une autre personne. Le propriétaire exigeait également des frais de 10$ pour chaque extermination.

Rue Louisbourg, deux propriétaires de deux immeubles n’effectuent presque jamais de réparations. Leurs immeubles sont infestés de rats, de souris et de coquerelles. On y respire des odeurs nauséabondes, les infiltrations d’eau se succèdent, et on y trouve des coquerelles et des mouches même dans les corridors.

Taux de roulement élevé

Plusieurs locataires n’osent porter plainte par peur de représailles de leurs propriétaires. Certains sont dans une pauvreté extrême. Une bonne part viennent d’arriver au pays et connaissement peu ou mal leurs droits, parlent mal le français ou l’anglais, ont peu d’attaches locales. Ils sont donc isolés et vulnérables.

Même lorsqu’ils demandent des réparations, le propriétaire se moque d’eux ou promet de les faire, mais ne s’exécute jamais. Seule une minorité de locataires entame des démarches auprès de l’arrondissement, de la Ville ou de la Régie du logement.

Plusieurs locataires n’ont jamais eu de traitement d’extermination dans leur logement, plus de six mois après avoir contacté les inspecteurs de l’arrondissement ou de la Ville de Montréal.

Une bonne part se décourage et déserte les lieux. Le taux de roulement des locataires est élevé. Des 38 rencontrés par le CLAC en 2017, 21 avaient déménagé en 2020.

Certains propriétaires n’augmentent que les locataires qui n’ont pas la même origine ethnique que la leur!

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