L’autobiographie de Christine St-Pierre se lit comme un roman

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Publié dans le Journal des voisins.com, 1 septembre 2020

On peut lire l’article ici.

Avec Ici Christine St-Pierre, la députée de la circonscription de l’Acadie, ex-ministre libérale et ex-journaliste vedette, offre une biographie fascinante, où elle livre souvenirs, commentaires et révélations parfois surprenantes. Le livre sort en librairie aujourd’hui et fera l’objet d’une séance de signature le 26 septembre prochain à la Librairie Monet, aux Galeries Normandie.

Bien qu’il y ait eu un embargo sur l’ouvrage jusqu’à aujourd’hui, Mme St-Pierre a tenu à rencontrer le représentant du journaldesvoisins.com il y a quelques semaines pour faire l’annonce de l’ouvrage. Elle a donné une entrevue des plus généreuses à votre serviteur.

Des révélations

Parmi les révélations faites, celles où elle confie ses difficultés à se concentrer à l’école, sa propension à la fête et à apprécier pot et hachisch au cégep, son vote pour le OUI au référendum de 1995, sa cohabitation avec son chum d’université (sans être mariée) mal accueillie par son père, son statut précaire de journaliste, son séjour poignant chez les autochtones de Kitcisakik, les douloureux échecs électoraux, sa profession de foi féministe, notamment en faveur de l’avortement (elle a connu le Dr Morgentaler) et la dépression qui accompagne la perte de son utérus, à 37 ans, à cause d’un fibrome (en plein débat sur l’avortement à la Cour suprême), les écoles passerelles et la Loi 101, la sauvegarde de son ministère des Relations internationales menacé durant l’austérité du gouvernement Couillard, ses passes d’armes avec le PQ sur la langue…

L’autobiographie, qui paraît ces jours-ci, écrite en collaboration avec le journaliste Marc Gilbert, se lit comme un roman. Mme St-Pierre explique d’entrée de jeu que c’est le décès de sa jeune sœur Évelyne, en 2018, qui a forcé une introspection menant à l’écriture de ce livre.

Le texte, limpide et accessible, se dévore rapidement. Les auteurs vont droit au but et Mme St-Pierre n’enjolive rien de manière excessive. On apprécie ce récit captivant où elle relate une enfance vécue dans la campagne reculée de Saint-Roch-des-Aulnaies, un petit village collé sur le fleuve près de Saint-Jean-Port-Joli. Dès le premier paragraphe, on comprend que la future ministre baigne dans la politique dès sa petite enfance de fille de la ferme, en pleines turbulences de la Révolution tranquille.

Ses souvenirs de son école de rang rappellent les Filles de Caleb. Outre les inévitables anecdotes familiales, la description du milieu modeste où elle a grandi et celle de son passage au cégep, une institution qui vient de naître, Christine St-Pierre relate son départ pour l’Acadie (elle a fait ses études universitaires à Moncton), ne s’épanche pas sur son premier mariage pour se concentrer avant tout sur les débuts de sa fascinante carrière journalistique.

Du bas au haut de l’échelle

Car elle commence à la dure, comme tout bon reporter junior : par les chiens écrasés. Elle évolue parmi les vedettes de l’époque à Radio-Canada. Elle finira par en devenir une, non sans travailler dur pour faire sa place dans un univers où le plafond de verre est encore très épais. Elle atteindra finalement les postes les plus prestigieux de la profession.

Ses souvenirs journalistiques sont ceux de l’histoire récente du Québec et du Canada : de la misère des autochtones, de la tuerie de Polytechnique, des déchirements de son futur parti qui mèneront à la création de l’ADQ et à la montée de Mario Dumont, les émotions constitutionnelles et nationalistes qui culmineront avec le référendum de 1995.

« J’estimais alors que le Québec devait faire sa place au sein du Canada et dans l’ensemble nord-américain. Comme nombre de Québécois, j’étais frustrée par l’échec de Meech, qui proposait un nouveau partenariat avec le Canada anglais. »

Rappelons que l’accord du lac Meech fut proposé par l’ex-premier ministre du Canada, Brian Mulroney, destiné à donner une véritable place au Québec au sein du Canada, et qui fut rejeté par une bonne part des fédéralistes et du Canada anglais, notamment par l’ex-premier ministre Pierre-Eliott Trudeau.

Une riche carrière

Mme St-Pierre a couvert deux référendums (1993 et 1995) avec l’honnêteté intellectuelle que commandait son statut de journaliste, confie-t-elle. Elle a couvert les caravanes électorales du OUI et du NON, côtoyé les Claude Ryan, Jacques Parizeau, Robert Bourassa et autres Jean Charest de l’époque. À l’évidence, la journaliste admire ces politiciens, peu importe leur allégeance, car la politique est un sport extrême implacable.

L’ex-correspondante politique à Québec et à Ottawa relate ensuite ses souvenirs de reporter à Washington et à l’international. Certains souvenirs sont poignants, d’autres fascinants, comme quand elle raconte qu’en pleine Guerre du Golfe persique, on a dû l’hélitreuiller sur le pont d’un porte-avions, où elle rencontre des pilotes à peine sortis de l’adolescence, bourrés de testostérone, à qui on confie des joujoux de 200 millions$. Elle relate aussi les événements du 11 septembre 2001, où elle doit travailler dans la confusion et l’improvisation la plus totale.

Pourquoi la politique?

« J’ai adoré ma carrière journalistique parce que je vivais l’histoire au moment où elle se faisait », raconte-t-elle en entrevue avec journaldesvoisins.com.

Pourquoi alors se lancer en politique?

« C’est peut-être un cliché, mais je voulais voir ce qui se passait derrière la porte, dit-elle. Je voulais aussi laisser ma marque, me donner les moyens de changer les choses. »

Elle se joint au gouvernement de l’ex-premier ministre Jean Charest, qu’elle admire, comme ministre de la Culture. Elle est particulièrement fière d’avoir imprimé un virage dans la société : celui de considérer la culture comme une industrie qui crée de la richesse, pas juste un fardeau financier pour l’État.

« Sous ma gouverne, on a investi massivement dans les infrastructures culturelles, qui en avaient grand besoin, dit-il. J’ai fait avancer des causes, comme celle du patrimoine. Je suis particulièrement fière d’avoir pu, comme ministre de la Condition féminine, faire inscrire l’égalité entre les sexes dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. »

Des regrets

Christine St-Pierre a quelques regrets. Comme celui de n’avoir pas pu instaurer un véritable service de nouvelles, notamment régionales, au sein de Télé-Québec. Ou de n’avoir pas pu consacrer le statut professionnel des journalistes :

« Avec la crise médiatique actuelle, ça aurait fait toute une différence. »

Comme ministre des Relations internationales durant le gouvernement de Philippe Couillard, elle établit les premières délégations du Québec en Afrique, notamment à Dakar, au Sénégal, à Abidjan, en Côte-d’Ivoire, et à Rabat, au Maroc. Son côté nationaliste refait surface :

« Le Québec est le vaisseau amiral nord-américain de la francophonie, dit-elle. On a une responsabilité collective indéniable. »

Pour Mme St-Pierre, le français fait partie de notre identité, mais il constitue une indéniable richesse héritée de nos ancêtres. Sans se fermer aux autres langues, le français permet au Québec de briller de par le monde. Et aux Québécois de faire leur place, notamment dans les affaires.

« Mais nous devons la fierté de bien parler notre langue, de maîtriser notre vocabulaire, de porter et de transmettre ce flambeau, dit-elle. C’est une tâche colossale, vu que nous sommes une petite minorité sur notre continent. »

Avant publication, Christine St-Pierre a fait lire son livre à des proches et certaines personnes clés, comme l’historien Denis Vaugeois, qui a fondé les éditions du Septentrion (l’éditeur de son livre) et qui fut ex-ministre de la Culture… péquiste!

« Il l’a beaucoup aimé et j’en suis fière, dit-elle. Il m’a donné des conseils. J’ai aussi bénéficié de ceux de mon conjoint, Jean-Pierre Plante, qui a été très franc dans ses commentaires. »

Évidemment, comme toute autobiographie de politicienne, Mme St-Pierre règle ses comptes de manière parfois abrasive, mais sans trop insister. Sans être pesant, le point de vue libéral domine.

Elle passe très rapidement sur des événements historiques marquants, comme les carrés rouges. Elle offre la cassette officielle libérale pour expliquer cette crise et le départ de Jean Charest comme chef du PLQ, après l’élection de Pauline Marois: que cette crise fut orchestrée par les syndicats!

Et, outre le sauvetage de son ministère des Relations internationales, rien sur la réforme Barette, en grande partie responsable des cafouillages actuels dans les CHSLD pendant la pandémie, et une explication un peu courte sur l’un des chapitres les plus douloureux et effrayants de l’histoire récente, l’austérité du gouvernement Couillard. Elle était à la table du conseil des ministres: on aurait voulu en savoir plus, mais elle demeure dans l’anecdote.

Le dernier tiers d’Ici Christine St-Pierre s’attarde sur son passage comme ministre des Relations internationales: les maniaques de politique et d’histoire récente apprécieront, le grand public sera moins enthousiaste. Par contre, on ne peut qu’admirer cette fille d’agriculteurs devenue ministre, sillonnant la planète et côtoyant les grands de ce monde.

Tous les droits d’auteur d’Ici Christine St-Pierre seront versés à la Fondation Paul Gérin-Lajoie, qui favorise l’accès à l’éducation pour tous, notamment dans les pays en développement.

 

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