«Le Marché Jean-Talon appartient à tous les Montréalais.»

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Publié dans le Journal des voisins.com, 16 août 2020

On peut lire l’article ici.

C’est le message de Paul-André Linteau, éminent historien et citoyen d’Ahuntsic-Cartierville, qui rappelle que le célèbre marché dessert tout le nord de la métropole, et pas seulement les résidants de l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.

C’est la décision des élus de l’arrondissement Rosemont-La-Petite-Patrie, sur fond de COVID-19, de transformer le boul. Saint-Laurent en artère piétonne, dans la Petite-Italie (entre le chemin de fer bordant le Plateau Mont-Royal et la rue Jean-Talon), qui a mené Paul-André Linteau, spécialiste de l’histoire de Montréal, résidant d’Ahuntsic, et membre du JDV, à monter aux barricades.

Finalement, l’arrondissement du maire François Croteau y a renoncé devant les critiques, notamment celles des commerçants.

« Cette décision aurait privé les citoyens d’Ahuntsic-Cartierville d’un accès fondamental à la Petite-Italie et au Marché Jean-Talon, ainsi qu’au centre-ville », affirme le célèbre historien.

Paul-André Linteau se défend par ailleurs de nourrir le débat entre l’automobile et les autres moyens de transport.

« Les Montréalais circulent aussi dans les rues de la ville, pas juste les banlieusards. Et nombre d’entre eux choisissent l’automobile, spécialement en ces temps de pandémie. Car ce n’est pas tellement indiqué pour les personnes âgées, comme moi, de prendre le métro ou le vélo », reprend M. Linteau.

L’achalandage annuel moyen du Marché Jean-Talon est estimé à 2,5 millions de visiteurs, selon la Corporation des marchés publics de Montréal, un OSBL qui gère le site.

Selon un sondage mené par les Amis du Marché Jean-Talon, environ 20 % de la clientèle du marché s’y rend en voiture. La SDC de la Petite-Italie estime que 30 % des clients sont automobilistes.

Le Marché du Nord

Pour l’historien qui a publié plusieurs ouvrages sur l’histoire de Montréal, le Marché Jean-Talon est un équipement régional, fréquenté par tous les Montréalais, spécialement ceux du nord de la ville.

« Autrefois, il s’appelait justement le Marché du Nord, dit-il. Et les rues qui bordent les extrémités nord et sud du marché portent le nom de Place du Marché-du-Nord. »

Le Marché du Nord devient officiellement Marché Jean-Talon en 1982, rappelle Héritage Montréal.

Lancé dans les années 1930, le Marché Jean-Talon fait partie des nombreux travaux d’infrastructure lancés par les gouvernements pour donner du travail aux chômeurs de la Grande crise. Son style art déco, qui est le même que pour le marché Atwater ou le Jardin botanique, en témoigne. En 1933, le marché est inauguré par le maire Camillien Houde.

Paul-André Linteau rappelle que le site abritait auparavant un stade de crosse, où jouait le club Shamrock formé d’Irlandais. Une petite rue reliant le marché et le boul. Saint-Laurent, devenue place piétonne en 2019, porte justement le nom de Shamrock. Puis, le site est devenu un terminus de transport en commun, pour les autobus desservant les banlieues nord et les Laurentides, avant d’être transformé en marché public.

L’histoire récente du marché a été marquée par des périodes creuses, correspondant à l’apparition des supermarchés d’alimentation et à l’exode vers les banlieues, dans les années 1960 jusqu’aux années 1980, mais aussi une renaissance spectaculaire dans les années 2000. La clientèle aurait doublé, voire triplé depuis les années 1990, selon des élus locaux.

En 2004, on y construit de controversés stationnements souterrains.

En 2018 et 2019, le marché est affecté par un rapport sur des irrégularités concernant la gestion du marché par le contrôleur général de Montréal, qui se traduit par le départ de nombreux commerçants et autant d’étals vides. Au cours de la dernière année, la COVID-19 a aussi eu un effet direct sur l’achalandage.

Concept d’interarrondissements

Aujourd’hui, le marché est fréquenté chaque semaine par des milliers de personnes, dont M. Linteau :

« Pour moi, il représente un équipement qui ne relève pas exclusivement de l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, dit-il. Il appartient à tous les Montréalais, comme le Jardin botanique ou le Biodôme. Il faut éviter des décisions intempestives, comme la piétonnisation du boul. Saint-Laurent, qui affecte les Montréalais venant des autres arrondissements. Le marché ne dessert pas que les gens qui habitent à proximité. »

Pour l’historien, les autorités de Rosemont–La Petite-Patrie auraient dû consulter les arrondissements voisins avant de prendre une telle décision.

« En fait, il est temps, à mon avis, d’introduire le concept d’interarrondissements, dit-il. Il faut une formule permettant aux élus des arrondissements et de la Ville-centre de collaborer sur certains sujets régionaux. Montréal a besoin d’une instance facilitant la collaboration, car le système d’arrondissements peut facilement mener à une compartimentation de la ville, ce qui n’est pas à l’avantage des citoyens. Notamment en matière de transport : il faut faciliter la fluidité. »

Pour M. Linteau, l’implantation d’une telle instance peut se faire sans changer la charte de Montréal, une prérogative de l’Assemblée nationale. Il s’agit avant tout de se fier au leadership des élus montréalais.

Le Marché Jean-Talon serait le plus important marché public couvert en Amérique du Nord, selon la Corporation des marchés publics de Montréal. Son nom rappelle Jean Talon, le premier intendant (ou gouverneur) de la Nouvelle-France. Ce militaire fut nommé intendant du Canada, de l’Acadie et de Terre-Neuve en 1665 par Louis XIV.

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