Se relever de l’échec

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Publié sur le site web du Réseau M, 16 juillet 2019

On peut lire l’article ici.

Vous l’avez peut-être lu, mais les entrepreneurs vedettes, québécois ou planétaires, ont vécu un ou plusieurs échecs avant de joindre le club restreint des gens d’affaires à succès.

La vie d’entrepreneur est une montagne russe. Vous accumulez les déceptions à répétition. Au point de connaître un épouvantable découragement. Puis, vous faites un coup extraordinaire, et vous remontez au sommet de l’échelle des émotions.

Certains entrepreneurs connaissent l’émotion négative ultime : leur entreprise ferme, fait faillite, disparaît… Sur le coup, cet échec cuisant provoque une douloureuse remise en question. Puis, ils se relèvent les manches et repartent en affaires, convaincus que cette fois sera la bonne. Quelques-uns affronteront plusieurs échecs avant de connaître la gloire. On dit des entrepreneurs qu’ils sont des révolutionnaires : ils n’admettent pas l’ordre établi de leur industrie, bousculent les conventions et ne lâchent jamais, même quand le champ de bataille est jonché de trous d’obus et que l’ennemi semble incommensurable.

Vous pardonnerez l’imagerie guerrière, mais elle traduit une réalité implacable : que vous soyez au début de votre carrière d’entrepreneur, vous réjouissant de chaque vente gagnée de haute lutte, ou un vétéran qui joue avec de gros chiffres, la bataille n’est jamais gagnée. Il ne faut jamais laisser tomber la garde.

Une telle réalité est souvent anxiogène, frustrante, énergivore. D’autant plus que l’entrepreneur, en public, doit montrer sa confiance inébranlable en son produit, son entreprise, son modèle d’affaires. Il affiche sa bonne humeur sans sourciller, malgré les embûches. Car il montre la voie à ses collaborateurs, inspire clients, fournisseurs et créanciers.

Et quand l’échec est insurmontable, il se sent visé au cœur. Il remet en question ses habiletés, ses talents, son expertise. Tout son être est ébranlé. Pire : certains vivent un divorce, une séparation, sont désertés par leurs amis, leur cercle social se vide. C’est l’humiliation.

Étrangement, lorsqu’un entrepreneur traverse une crise majeure, c’est souvent la meilleure chose qui puisse lui arriver! Mais ça dépend avant tout de sa capacité à rebondir.

Voici quelques étapes qui vous feront penser à de la psychopop, mais qui sont le fruit de réflexions de nombreux entrepreneurs ayant connu de graves déconfitures en affaires, y compris l’auteur de ces lignes.

1. Rebondir

Il y a deux manières de réagir à un échec important. En niant la réalité ou en y faisant face. Une bonne réaction réside dans… la fuite! La crise survient et on a tout fait pour la colmater, mais ça ne marche pas. Certes : vous avez frappé un mur et ça fait mal. Votre énergie et votre confiance en vous en ont pris pour leur rhume. L’échec, même s’il est douloureux, fait partie de la vie. Vous prenez une bonne respiration et vous retournez sur vos terres. Prendre du temps pour soi, quelques heures ou quelques jours, loin du théâtre des opérations permet de panser ses plaies, de se réconcilier avec ses proches et de prendre du recul. Vous faites le vide en allant au cinéma, faire du sport, lire un roman dans un décor de rêve, visiter des amis éloignés… Vous prenez soin de vous avant de retourner dans l’arène. Surtout : ne pensez pas à votre problème une fois au loin. À votre retour, tout deviendra un peu plus clair.

2. Analyser

Qu’est-ce qui a cloché? N’hésitez pas à écrire vos impressions en style télégraphique. Demandez de l’aide pour analyser ce qui a mené à l’échec. Pas pour vous attirer de la sympathie et des encouragements, mais pour ne pas répéter la même erreur une deuxième fois! Surtout : vous devrez accepter votre échec. Voilà un processus mental assez difficile merci! Faites de cette expérience une occasion de grandir, d’interroger vos certitudes et vos faiblesses stratégiques. Prenez le temps de remettre en question vos méthodes, vos points forts et faibles. Où et quand ai-je perdu le contrôle? Qu’est-ce que j’ai manqué? Ai-je tous les outils pour réussir, sortir de la crise, repartir à neuf? Mon équipe est-elle assez motivée, formée, compétente? Dois-je la renouveler? Dans cette étape d’analyse, un mentor insistera sur des aspects qui vous sembleront périphériques, mais qui seront peut-être au cœur du problème.

3. Reprendre le contrôle

Une fois le choc passé, vous devez reprendre le contrôle de l’agenda. Primo : surveillez votre langage et votre attitude corporelle. Montrez aux autres que vous gardez confiance. Concentrez-vous sur vos réalisations et réussites récentes. Si on vous interroge sur la crise, répliquez que vous en comprenez les tenants et aboutissants. Secundo : mettez-vous en mode solution. Se complaire dans l’autocritique, le déni, les jugements de valeur et le blâme de soi-même et des autres est contre-productif. Laissez faire l’énergie négative. Regardez résolument en avant. Votre travail d’analyse est fait : appliquez les correctifs avec calme et détermination, même si ça implique des décisions douloureuses. Si vous ne reprenez pas rapidement le dessus, la crise vous engloutira, vous et votre entreprise. Elle affectera votre santé mentale et physique, votre relation de couple et vos certitudes personnelles. Les gagnants sont toujours positifs. Ils ne se laissent pas atteindre par la peur de se planter à nouveau.

4. Demandez de l’aide

Une crise frappe? C’est le temps de tester la solidité de vos alliances et la fiabilité de votre réseau. N’hésitez pas à solliciter de l’aide auprès de professionnels, mais aussi de vos proches. Mettez votre conjoint dans le coup, en expliquant calmement les aspects les plus importants du problème. Faites-lui comprendre que vous avez besoin d’une aide constructive, de la compréhension davantage que du jugement. Et que vous allez passer au travers. Surtout : demandez à votre mentor s’il y a un aspect de la crise que vous n’avez pas vu venir. Il vous répondra peut-être par une question ou un défi. Le rôle du mentor, c’est de tester votre capacité d’analyse et de renforcer votre savoir-être. Son approche est stratégique, tant pour vous que pour votre entreprise. Une fois la crise traversée, vous reconnaîtrez les gens qui sont vos vrais amis, qui vous admirent véritablement, et qui seront toujours là pour vous appuyer. Laissez tomber les autres. Mettez la distance nécessaire avec les membres de votre famille qui ont refusé de vous appuyer ou, pire, qui vous ont mis des bâtons dans les roues. Votre entreprise fait partie de votre identité : ceux qui ne le comprennent pas ne méritent pas de faire partie de votre cercle intime.

5. Prenez des notes

Une crise prend du temps à s’installer et à se résorber. Durant tout le processus, documentez comment vous vous y prenez pour la régler. Consignez en un seul endroit réflexions, décisions, notes issues de la discussion avec votre mentor, documents clés, dates clés, ressources stratégiques, dépenses importantes. Dans quelques mois ou années, quand une crise similaire fera surface, ces notes représenteront un atout précieux. En fait, vous devriez consigner en permanence vos réflexions sur votre démarche entrepreneuriale, comme un journal intime du patron. Coucher vos impressions sur papier (ou dans l’application de notes de votre téléphone, protégée par un mot de passe), même en style télégraphique, c’est thérapeutique et inspirant. C’est une bonne manière de gérer son stress. C’est, surtout, une façon de reprendre le contrôle.

6.  Ne négligez pas vos proches

La solitude de l’entrepreneur fait des ravages. Ceux qui ont la bénédiction de pouvoir échanger avec un mentor compensent cet isolement qui peut sérieusement limiter la capacité d’un entrepreneur à rebondir. Par contre, en cas de crise ou pas, même si être en affaires se traduit par un horaire de fous, vous devez impérativement conserver des plages de temps pour vous consacrer à vos proches, que vous soyez célibataire, en couple ou parent. Amis, conjoint et enfants ont la capacité de vous sortir de l’éprouvante réalité des affaires. Cultivez ces relations en les inscrivant à votre agenda, au même titre que les rendez-vous avec vos clients. Enfin, mettez votre conjoint dans le coup sans que votre aventure entrepreneuriale ne représente une menace pour sa santé mentale ou votre relation conjugale. Vous mettrez cartes sur table au début de la relation et entretenez un équilibre délicat entre communication saine et complicité. Votre conjoint doit comprendre qu’il doit lui aussi faire des sacrifices, car il fait partie de votre succès. Vous avez le devoir de le mettre dans le coup, mais en lui révélant l’essentiel, pour éviter que vos problèmes professionnels deviennent les siens. Votre conjoint n’est ni votre employé, ni votre coach, ni votre mentor. C’est l’allié de votre personne, pas celui de l’entrepreneur en vous. Avoir son respect et son admiration fait aussi partie de l’aventure entrepreneuriale.

 

Un texte de Stéphane Desjardins.

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